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title: "The Crowd · Psychologie des foules"
author: "Gustave Le Bon"
translator: "Anonymous (1896)"
title_fr: "Psychologie des foules · The Crowd"
languages: [fr, en]
shelf: "Philosophy"
section: 11 of 16
url: https://scriptura.si/works/lebon-crowd/11/
cite: "Gustave Le Bon, tr. Anonymous (1896), The Crowd · Psychologie des foules, section 11. Scriptura (scriptura.si), https://scriptura.si/works/lebon-crowd/11/"
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# The Crowd · Psychologie des foules

*Gustave Le Bon, tr. Anonymous (1896)*

French: Psychologie des foules · The Crowd

“The age we are about to enter will in truth be the era of crowds.” Le Bon’s study of how people think, feel and believe in a crowd, in French and English.

> French: Gustave Le Bon, Psychologie des foules (Paris: Félix Alcan, 1895), Project Gutenberg #24007. Le Bon’s preface has no counterpart in this English edition and is left out.

> English: The Crowd: A Study of the Popular Mind (London: T. Fisher Unwin, 1896), Project Gutenberg #445. Aligned chapter by chapter, by meaning.

## 11. Book II · Chapter IV · Limitations of the Variability of the Beliefs and Opinions of Crowds

Source: https://scriptura.si/works/lebon-crowd/11/ · cite a paragraph as https://scriptura.si/works/lebon-crowd/11/#p-N

[¶0] 1. FIXED BELIEFS. The invariability of certain general beliefs--They shape the course of a civilisation--The difficulty of uprooting them--In what respect intolerance is a virtue in a people--The philosophic absurdity of a belief cannot interfere with its spreading. 2. THE CHANGEABLE OPINIONS OF CROWDS. The extreme mobility of opinions which do not arise from general beliefs--Apparent variations of ideas and beliefs in less than a century--The real limits of these variations--The matters effected by the variation--The disappearance at present in progress of general beliefs, and the extreme diffusion of the newspaper press, have for result that opinions are nowadays more and more changeable--Why the opinions of crowds tend on the majority of subjects towards indifference--Governments now powerless to direct opinion as they formerly did--Opinions prevented to-day from being tyrannical on account of their exceeding divergency.

> French: § 1. Les croyances fixes.--Invariabilité de certaines croyances générales.--Elles sont les guides d'une civilisation.--Difficulté de les déraciner.--En quoi l'intolérance constitue pour les peuples une vertu.--L'absurdité philosophique d'une croyance générale ne peut nuire à sa propagation.--§ 2. Les opinions mobiles des foules.--Extrême mobilité des opinions qui ne dérivent pas des croyances générales.--Variations apparentes des idées et des croyances en moins d'un siècle.--Limites réelles de ces variations.--Éléments sur lesquels la variation a porté.--La disparition actuelle des croyances générales et la diffusion extrême de la presse rendent de nos jours les opinions de plus en plus mobiles.--Comment les opinions des foules tendent sur la plupart des sujets vers l'indifférence.--Impuissance des gouvernements à diriger comme jadis l'opinion.--L'émiettement actuel des opinions empêche leur tyrannie.

[¶1] 1.

> French: § 1.--LES CROYANCES FIXES

[¶2] FIXED BELIEFS A close parallel exists between the anatomical and psychological characteristics of living beings. In these anatomical characteristics certain invariable, or slightly variable, elements are met with, to change which the lapse is necessary of geological ages. Side by side with these fixed, indestructible features are to be found others extremely changeable, which the art of the breeder or horticulturist may easily modify, and at times to such an extent as to conceal the fundamental characteristics from an observer at all inattentive.

> French: Il y a un parallélisme étroit entre les caractères anatomiques des êtres et leurs caractères psychologiques. Dans les caractères anatomiques nous trouvons certains éléments invariables, ou si peu variables, qu'il faut la durée des âges géologiques pour les changer, et, à côté de ces caractères fixes, irréductibles, se voient des caractères très mobiles que le milieu, l'art de l'éleveur et de l'horticulteur modifient aisément, et parfois au point de dissimuler, pour l'observateur peu attentif, les caractères fondamentaux.

[¶3] The same phenomenon is observed in the case of moral characteristics. Alongside the unalterable psychological elements of a race, mobile and changeable elements are to be encountered. For this reason, in studying the beliefs and opinions of a people, the presence is always detected of a fixed groundwork on which are engrafted opinions as changing as the surface sand on a rock.

> French: Nous observons le même phénomène dans les caractères moraux. À côté des éléments psychologiques irréductibles d'une race se rencontrent des éléments mobiles et changeants. Et c'est pourquoi, en étudiant les croyances et les opinions d'un peuple, on constate toujours un fonds très fixe sur lequel se greffent des opinions aussi mobiles que le sable qui recouvre le rocher.

[¶4] The opinions and beliefs of crowds may be divided, then, into two very distinct classes. On the one hand we have great permanent beliefs, which endure for several centuries, and on which an entire civilisation may rest. Such, for instance, in the past were feudalism, Christianity, and Protestantism; and such, in our own time, are the nationalist principle and contemporary democratic and social ideas. In the second place, there are the transitory, changing opinions, the outcome, as a rule, of general conceptions, of which every age sees the birth and disappearance; examples in point are the theories which mould literature and the arts--those, for instance, which produced romanticism, naturalism, mysticism, &c. Opinions of this order are as superficial, as a rule, as fashion, and as changeable. They may be compared to the ripples which ceaselessly arise and vanish on the surface of a deep lake.

> French: Les croyances et les opinions des foules forment donc deux classes bien distinctes. D'une part, les grandes croyances permanentes, qui durent plusieurs siècles, et sur lesquelles une civilisation entière repose, telles, par exemple, autrefois, la conception féodale, les idées chrétiennes, celles de la Réforme; tels de nos jours, le principe des nationalités, les idées démocratiques et sociales. D'autre part, les opinions momentanées et changeantes, dérivées le plus souvent des conceptions générales, que chaque âge voit naître et mourir: telles sont les théories qui guident les arts et la littérature à certains moments, celles, par exemple, qui ont produit le romantisme, le naturalisme, le mysticisme, etc. Elles sont aussi superficielles, le plus souvent, que la mode, et changent comme elle. Ce sont les petites vagues qui naissent et s'évanouissent sans cesse à la surface d'un lac aux eaux profondes.

[¶5] The great generalised beliefs are very restricted in number. Their rise and fall form the culminating points of the history of every historic race. They constitute the real framework of civilisation.

> French: Les grandes croyances générales sont en nombre fort restreint. Leur naissance et leur mort forment pour chaque race historique les points culminants de son histoire. Elles constituent la vraie charpente des civilisations.

[¶6] It is easy to imbue the mind of crowds with a passing opinion, but very difficult to implant therein a lasting belief. However, a belief of this latter description once established, it is equally difficult to uproot it. It is usually only to be changed at the cost of violent revolutions. Even revolutions can only avail when the belief has almost entirely lost its sway over men's minds. In that case revolutions serve to finally sweep away what had already been almost cast aside, though the force of habit prevented its complete abandonment. The beginning of a revolution is in reality the end of a belief.

> French: Il est très facile d'établir une opinion passagère dans l'âme des foules, mais il est très difficile d'y établir une croyance durable. Il est également fort difficile de détruire cette dernière lorsqu'elle a été établie. Ce n'est, le plus souvent, qu'au prix de révolutions violentes qu'on peut la changer. Les révolutions n'ont même ce pouvoir que lorsque la croyance a perdu presque entièrement son empire sur les âmes. Les révolutions servent alors à balayer finalement ce qui était à peu près abandonné déjà, mais ce que le joug de la coutume empêchait d'abandonner entièrement. Les révolutions qui commencent sont en réalité des croyances qui finissent.

[¶7] The precise moment at which a great belief is doomed is easily recognisable; it is the moment when its value begins to be called in question. Every general belief being little else than a fiction, it can only survive on the condition that it be not subjected to examination.

> French: Le jour précis où une grande croyance est marquée pour mourir est facile à reconnaître; c'est celui où sa valeur commence à être discutée. Toute croyance générale n'étant guère qu'une fiction ne saurait subsister qu'à la condition de n'être pas soumise à l'examen.

[¶8] But even when a belief is severely shaken, the institutions to which it has given rise retain their strength and disappear but slowly. Finally, when the belief has completely lost its force, all that rested upon it is soon involved in ruin. As yet a nation has never been able to change its beliefs without being condemned at the same time to transform all the elements of its civilisation.

> French: Mais alors même qu'une croyance est fortement ébranlée, les institutions qui en dérivent conservent leur puissance et ne s'effacent que lentement. Lorsqu'elle a enfin perdu complètement son pouvoir, tout ce qu'elle soutenait s'écroule bientôt. Il n'a pas encore été donné à un peuple de pouvoir changer ses croyances sans être aussitôt condamnée à transformer tous les éléments de sa civilisation.

[¶9] The nation continues this process of transformation until it has alighted on and accepted a new general belief: until this juncture it is perforce in a state of anarchy. General beliefs are the indispensable pillars of civilisations; they determine the trend of ideas. They alone are capable of inspiring faith and creating a sense of duty.

> French: Il les transforme jusqu'à ce qu'il ait trouvé une nouvelle croyance générale qui soit acceptée; et jusque-là il vit forcément dans l'anarchie. Les croyances générales sont les supports nécessaires des civilisations; elles impriment une orientation aux idées. Elles seules peuvent inspirer la foi et créer le devoir.

[¶10] Nations have always been conscious of the utility of acquiring general beliefs, and have instinctively understood that their disappearance would be the signal for their own decline. In the case of the Romans, the fanatical cult of Rome was the belief that made them masters of the world, and when the belief had died out Rome was doomed to die. As for the barbarians who destroyed the Roman civilisation, it was only when they had acquired certain commonly accepted beliefs that they attained a measure of cohesion and emerged from anarchy.

> French: Les peuples ont toujours senti l'utilité d'acquérir des croyances générales, et compris d'instinct que la disparition de celles-ci devait marquer pour eux l'heure de la décadence. Le culte fanatique de Rome fut pour les Romains la croyance qui les rendit maîtres du monde, et quand cette croyance fut morte, Rome fut condamnée à mourir. Ce furent seulement lorsqu'ils eurent acquis quelques croyances communes que les barbares, qui détruisirent la civilisation romaine, atteignirent à une certaine cohésion et purent sortir de l'anarchie.

[¶11] Plainly it is not for nothing that nations have always displayed intolerance in the defence of their opinions. This intolerance, open as it is to criticism from the philosophic standpoint, represents in the life of a people the most necessary of virtues. It was to found or uphold general beliefs that so many victims were sent to the stake in the Middle Ages and that so many inventors and innovators have died in despair even if they have escaped martyrdom. It is in defence, too, of such beliefs that the world has been so often the scene of the direst disorder, and that so many millions of men have died on the battlefield, and will yet die there.

> French: Ce n'est donc pas sans cause que les peuples ont toujours défendu leurs convictions avec intolérance. Cette intolérance, si critiquable au point de vue philosophique, représente dans la vie des peuples la plus nécessaire des vertus. C'est pour fonder ou maintenir des croyances générales que le moyen âge a élevé tant de bûchers, que tant d'inventeurs et de novateurs sont morts dans le désespoir quand ils évitaient les supplices. C'est pour les défendre que le monde a été tant de fois bouleversé, que tant de millions d'hommes sont morts sur les champs de bataille, et y mourront encore.

[¶12] There are great difficulties in the way of establishing a general belief, but when it is definitely implanted its power is for a long time to come invincible, and however false it be philosophically it imposes itself upon the most luminous intelligence. Have not the European peoples regarded as incontrovertible for more than fifteen centuries religious legends which, closely examined, are as barbarous as those of Moloch? The frightful absurdity of the legend of a God who revenges himself for the disobedience of one of his creatures by inflicting horrible tortures on his son remained unperceived during many centuries. Such potent geniuses as a Galileo, a Newton, and a Leibnitz never supposed for an instant that the truth of such dogmas could be called in question. Nothing can be more typical than this fact of the hypnotising effect of general beliefs, but at the same time nothing can mark more decisively the humiliating limitations of our intelligence.

> French: Il y a de grandes difficultés à établir une croyance générale, mais, quand elle est définitivement établie, sa puissance est pour longtemps invincible; et quelle que soit sa fausseté philosophique, elle s'impose aux plus lumineux esprits. Les peuples de l'Europe n'ont-ils pas, depuis plus de quinze siècles, considéré comme des vérités indiscutables des légendes religieuses aussi barbares, quand on les examine de près, que celles de Moloch. L'effrayante absurdité de la légende d'un Dieu se vengeant sur son fils par d'horribles supplices de la désobéissance d'une de ses créatures, n'a pas été aperçue pendant bien des siècles. Les plus puissants génies, un Galilée, un Newton, un Leibniz, n'ont pas même supposé un instant que la vérité de tels dogmes pût être discutée. Rien ne démontre mieux l'hypnotisation produite par les croyances générales, mais rien ne marque mieux aussi les humiliantes limites de notre esprit.

[¶13] As soon as a new dogma is implanted in the mind of crowds it becomes the source of inspiration whence are evolved its institutions, arts, and mode of existence. The sway it exerts over men's minds under these circumstances is absolute. Men of action have no thought beyond realising the accepted belief, legislators beyond applying it, while philosophers, artists, and men of letters are solely preoccupied with its expression under various shapes.

> French: Dès qu'un dogme nouveau est implanté dans l'âme des foules, il devient l'inspirateur de ses institutions, de ses arts et de sa conduite. L'empire qu'il exerce alors sur les âmes est absolu. Les hommes d'action ne songent qu'à le réaliser, les législateurs ne font que l'appliquer, les philosophes, les artistes, les littérateurs ne sont préoccupés que de le traduire sous des formes diverses.

[¶14] From the fundamental belief transient accessory ideas may arise, but they always bear the impress of the belief from which they have sprung. The Egyptian civilisation, the European civilisation of the Middle Ages, the Mussulman civilisation of the Arabs are all the outcome of a small number of religious beliefs which have left their mark on the least important elements of these civilisations and allow of their immediate recognition.

> French: De la croyance fondamentale, des idées momentanées accessoires peuvent surgir, mais elles portent toujours l'empreinte de la croyance dont elles sont issues. La civilisation égyptienne, la civilisation européenne du moyen âge, la civilisation musulmane des Arabes dérivent d'un tout petit nombre de croyances religieuses qui ont imprimé leur marque sur les moindres éléments de ces civilisations, et permettent de les reconnaître aussitôt.

[¶15] Thus it is that, thanks to general beliefs, the men of every age are enveloped in a network of traditions, opinions, and customs which render them all alike, and from whose yoke they cannot extricate themselves. Men are guided in their conduct above all by their beliefs and by the customs that are the consequence of those beliefs. These beliefs and customs regulate the smallest acts of our existence, and the most independent spirit cannot escape their influence. The tyranny exercised unconsciously on men's minds is the only real tyranny, because it cannot be fought against. Tiberius, Ghengis Khan, and Napoleon were assuredly redoubtable tyrants, but from the depth of their graves Moses, Buddha, Jesus, and Mahomet have exerted on the human soul a far profounder despotism. A conspiracy may overthrow a tyrant, but what can it avail against a firmly established belief? In its violent struggle with Roman Catholicism it is the French Revolution that has been vanquished, and this in spite of the fact that the sympathy of the crowd was apparently on its side, and in spite of recourse to destructive measures as pitiless as those of the Inquisition. The only real tyrants that humanity has known have always been the memories of its dead or the illusions it has forged itself.

> French: Et c'est ainsi que grâce aux croyances générales, les hommes de chaque âge sont entourés d'un réseau de traditions, d'opinions et de coutumes, au joug desquelles ils ne sauraient se soustraire et qui les rendent toujours très semblables les uns aux autres. Ce qui mène surtout les hommes, ce sont les croyances et les coutumes dérivées de ces croyances. Elles règlent les moindres actes de notre existence, et l'esprit le plus indépendant ne songe pas à s'y soustraire. Il n'y a de véritable tyrannie que celle qui s'exerce inconsciemment sur les âmes, parce que c'est la seule qui ne se puisse combattre. Tibère, Gengiskhan, Napoléon ont été des tyrans redoutables, sans doute, mais, du fond de leur tombeau, Moïse, Bouddha, Jésus, Mahomet, Luther ont exercé sur les âmes un despotisme bien autrement profond. Une conspiration peut abattre un tyran, mais que peut-elle sur une croyance bien établie? Dans sa lutte violente contre le catholicisme, et malgré l'assentiment apparent des foules, malgré des procédés de destruction aussi impitoyables que ceux de l'Inquisition, c'est notre grande Révolution qui a été vaincue. Les seuls tyrans réels que l'humanité ait connus ont toujours été les ombres des morts ou les illusions qu'elle s'est créées.

[¶16] The philosophic absurdity that often marks general beliefs has never been an obstacle to their triumph. Indeed the triumph of such beliefs would seem impossible unless on the condition that they offer some mysterious absurdity. In consequence, the evident weakness of the socialist beliefs of to-day will not prevent them triumphing among the masses. Their real inferiority to all religious beliefs is solely the result of this consideration, that the ideal of happiness offered by the latter being realisable only in a future life, it was beyond the power of anybody to contest it. The socialist ideal of happiness being intended to be realised on earth, the vanity of its promises will at once appear as soon as the first efforts towards their realisation are made, and simultaneously the new belief will entirely lose its prestige. Its strength, in consequence, will only increase until the day when, having triumphed, its practical realisation shall commence. For this reason, while the new religion exerts to begin with, like all those that have preceded it, a destructive influence, it will be unable, in the future, to play a creative part.

> French: L'absurdité philosophique que présentent souvent les croyances générales n'a jamais été un obstacle à leur triomphe. Ce triomphe ne semble même possible qu'à la condition qu'elles renferment quelque mystérieuse absurdité. Ce n'est donc pas l'évidente faiblesse des croyances socialistes actuelles qui les empêchera de triompher dans l'âme des foules. Leur véritable infériorité par rapport à toutes les croyances religieuses tient uniquement à ceci: l'idéal de bonheur que promettaient ces dernières ne devant être réalisé que dans une vie future, personne ne pouvait contester cette réalisation. L'idéal de bonheur socialiste devant être réalisé sur terre, dès les premières tentatives de réalisation, la vanité des promesses apparaîtra aussitôt, et la croyance nouvelle perdra du même coup tout prestige. Sa puissance ne grandira donc que jusqu'au jour où, ayant triomphé, la réalisation pratique commencera. Et c'est pourquoi, si la religion nouvelle exerce d'abord, comme toutes celles qui l'ont précédée, un rôle destructeur, elle ne saurait exercer ensuite, comme elles, un rôle créateur.

[¶17] 2. THE CHANGEABLE OPINIONS OF CROWDS

> French: § 2.--LES OPINIONS MOBILES DES FOULES

[¶18] Above the substratum of fixed beliefs, whose power we have just demonstrated, is found an overlying growth of opinions, ideas, and thoughts which are incessantly springing up and dying out. Some of them exist but for a day, and the more important scarcely outlive a generation. We have already noted that the changes which supervene in opinions of this order are at times far more superficial than real, and that they are always affected by racial considerations. When examining, for instance, the political institutions of France we showed that parties to all appearance utterly distinct--royalists, radicals, imperialists, socialists, &c.--have an ideal absolutely identical, and that this ideal is solely dependent on the mental structure of the French race, since a quite contrary ideal is found under analogous names among other races. Neither the name given to opinions nor deceptive adaptations alter the essence of things. The men of the Great Revolution, saturated with Latin literature, who (their eyes fixed on the Roman Republic), adopted its laws, its fasces, and its togas, did not become Romans because they were under the empire of a powerful historical suggestion. The task of the philosopher is to investigate what it is which subsists of ancient beliefs beneath their apparent changes, and to identify amid the moving flux of opinions the part determined by general beliefs and the genius of the race.

> French: Au-dessus des croyances fixes, dont nous venons de montrer la puissance se trouve une couche d'opinions, d'idées, de pensées qui naissent et meurent constamment. Quelques-unes ont la durée d'un jour, et les plus importantes ne dépassent guère la vie d'une génération. Nous avons marqué déjà que les changements qui surviennent dans ces opinions sont parfois beaucoup plus superficiels que réels, et que toujours ils portent l'empreinte des qualités de la race. Considérant par exemple les institutions politiques du pays où nous vivons, nous avons fait voir que les partis en apparence les plus contraires: monarchistes, radicaux, impérialistes, socialistes, etc., ont un idéal absolument identique, et que cet idéal tient uniquement à la structure mentale de notre race, puisque, sous des noms analogues, on retrouve dans d'autres races un idéal tout à fait contraire. Ce n'est pas le nom donné aux opinions, ni des adaptations trompeuses qui changent le fond des choses. Les bourgeois de la Révolution, tout imprégnés de littérature latine, et qui, les yeux fixés sur la république romaine, adoptèrent ses lois, ses faisceaux et ses toges, et tâchèrent d'imiter ses institutions et ses exemples, n'étaient pas devenus des Romains parce qu'ils étaient sous l'empire d'une puissante suggestion historique. Le rôle du philosophe est de rechercher ce qui subsiste des croyances anciennes sous les changements apparents, et de distinguer ce qui, dans le flot mouvant des opinions, est déterminé par les croyances générales et l'âme de la race.

[¶19] In the absence of this philosophic test it might be supposed that crowds change their political or religious beliefs frequently and at will. All history, whether political, religious, artistic, or literary, seems to prove that such is the case.

> French: Sans ce critérium philosophique on pourrait croire que les foules changent de croyances politiques ou religieuses fréquemment et à volonté. L'histoire tout entière, politique, religieuse, artistique, littéraire, semble le prouver en effet.

[¶20] As an example, let us take a very short period of French history, merely that from 1790 to 1820, a period of thirty years' duration, that of a generation. In the course of it we see the crowd at first monarchical become very revolutionary, then very imperialist, and again very monarchical. In the matter of religion it gravitates in the same lapse of time from Catholicism to atheism, then towards deism, and then returns to the most pronounced forms of Catholicism. These changes take place not only amongst the masses, but also amongst those who direct them. We observe with astonishment the prominent men of the Convention, the sworn enemies of kings, men who would have neither gods nor masters, become the humble servants of Napoleon, and afterwards, under Louis XVIII., piously carry candles in religious processions.

> French: Prenons, par exemple, une bien courte période de notre histoire, de 1790 à 1820 seulement, c'est-à-dire trente ans, la durée d'une génération. Nous y voyons les foules, d'abord monarchiques, devenir très révolutionnaires, puis très impérialistes, puis redevenir très monarchiques. En religion, elles vont pendant le même temps du catholicisme à l'athéisme, puis au déisme, puis retournent aux formes les plus exagérées du catholicisme. Et ce ne sont pas seulement les foules, mais également ceux qui les dirigent. Nous contemplons avec étonnement ces grands conventionnels, ennemis jurés des rois et ne voulant ni dieux ni maîtres, qui deviennent les humbles serviteurs de Napoléon, puis portent pieusement des cierges dans les processions sous Louis XVIII.

[¶21] Numerous, too, are the changes in the opinions of the crowd in the course of the following seventy years. The "Perfidious Albion" of the opening of the century is the ally of France under Napoleon's heir; Russia, twice invaded by France, which looked on with satisfaction at French reverses, becomes its friend.

> French: Et dans les soixante-dix années qui suivent, quels changements encore dans les opinions des foules. La «Perfide Albion» du début de ce siècle devenant l'alliée de la France sous l'héritier de Napoléon; la Russie, deux fois envahie par nous, et qui avait tant applaudi à nos derniers revers, considérée subitement comme une amie.

[¶22] In literature, art, and philosophy the successive evolutions of opinion are more rapid still. Romanticism, naturalism, mysticism, &c., spring up and die out in turn. The artist and the writer applauded yesterday are treated on the morrow with profound contempt.

> French: En littérature, en art, en philosophie, les successions d'opinions sont plus rapides encore. Romantisme, naturalisme, mysticisme, etc., naissent et meurent tour à tour. L'artiste et l'écrivain acclamés hier sont profondément dédaignés demain.

[¶23] When, however, we analyse all these changes in appearance so far reaching, what do we find? All those that are in opposition with the general beliefs and sentiments of the race are of transient duration, and the diverted stream soon resumes its course. The opinions which are not linked to any general belief or sentiment of the race, and which in consequence cannot possess stability, are at the mercy of every chance, or, if the expression be preferred, of every change in the surrounding circumstances. Formed by suggestion and contagion, they are always momentary; they crop up and disappear as rapidly on occasion as the sandhills formed by the wind on the sea-coast.

> French: Mais, quand nous analysons tous ces changements, en apparence si profonds, que voyons-nous? Tous ceux contraires aux croyances générales et aux sentiments de la race n'ont qu'une durée éphémère, et le fleuve détourné reprend bientôt son cours. Les opinions qui ne se rattachent à aucune croyance générale, à aucun sentiment de la race, et qui, par conséquent, ne sauraient avoir de fixité, sont à la merci de tous les hasards ou, si l'on préfère, des moindres changements de milieu. Formées par suggestion et contagion, elles sont toujours momentanées; elles naissent et disparaissent parfois aussi rapidement que les dunes de sable formées par le vent au bord de la mer.

[¶24] At the present day the changeable opinions of crowds are greater in number than they ever were, and for three different reasons.

> French: De nos jours, la somme des opinions mobiles des foules est plus grande qu'elle ne le fut jamais; et cela, pour trois raisons différentes:

[¶25] The first is that as the old beliefs are losing their influence to a greater and greater extent, they are ceasing to shape the ephemeral opinions of the moment as they did in the past. The weakening of general beliefs clears the ground for a crop of haphazard opinions without a past or a future.

> French: La première est que les anciennes croyances perdant de plus en plus leur empire, n'agissent plus comme jadis sur les opinions passagères pour leur donner une certaine orientation. L'effacement des croyances générales laisse place à une foule d'opinions particulières sans passé ni avenir.

[¶26] The second reason is that the power of crowds being on the increase, and this power being less and less counterbalanced, the extreme mobility of ideas, which we have seen to be a peculiarity of crowds, can manifest itself without let or hindrance.

> French: La seconde raison est que la puissance des foules devenant de plus en plus grande et ayant de moins en moins de contrepoids, la mobilité extrême d'idées que nous avons constatée chez elles, peut se manifester librement.

[¶27] Finally, the third reason is the recent development of the newspaper press, by whose agency the most contrary opinions are being continually brought before the attention of crowds. The suggestions that might result from each individual opinion are soon destroyed by suggestions of an opposite character. The consequence is that no opinion succeeds in becoming widespread, and that the existence of all of them is ephemeral. An opinion nowadays dies out before it has found a sufficiently wide acceptance to become general.

> French: La troisième raison enfin est la diffusion récente de la presse qui met sans cesse sous les yeux des foules les opinions les plus contraires. Les suggestions que chacune d'elles pourrait engendrer sont bientôt détruites par des suggestions opposées. Il en résulte que chaque opinion n'arrive pas à s'étendre et est vouée à une existence très éphémère. Elle est morte avant d'avoir pu se répandre assez pour devenir générale.

[¶28] A phenomenon quite new in the world's history, and most characteristic of the present age, has resulted from these different causes; I allude to the powerlessness of governments to direct opinion.

> French: De ces causes diverses est résulté un phénomène très nouveau dans l'histoire du monde, et tout à fait caractéristique de l'âge actuel, je veux parler de l'impuissance des gouvernements à diriger l'opinion.

[¶29] In the past, and in no very distant past, the action of governments and the influence of a few writers and a very small number of newspapers constituted the real reflectors of public opinion. To-day the writers have lost all influence, and the newspapers only reflect opinion. As for statesmen, far from directing opinion, their only endeavour is to follow it. They have a dread of opinion, which amounts at times to terror, and causes them to adopt an utterly unstable line of conduct.

> French: Jadis, et ce jadis n'est pas fort loin, l'action des gouvernements, l'influence de quelques écrivains et d'un tout petit nombre de journaux constituaient les vrais régulateurs de l'opinion. Aujourd'hui, les écrivains ont perdu toute influence, et les journaux ne font plus que refléter l'opinion. Quant aux hommes d'État, loin de la diriger, ils ne cherchent qu'à la suivre. Ils ont une crainte de l'opinion qui va parfois jusqu'à la terreur et ôte toute fixité à leur ligne de conduite.

[¶30] The opinion of crowds tends, then, more and more to become the supreme guiding principle in politics. It goes so far to-day as to force on alliances, as has been seen recently in the case of the Franco-Russian alliance, which is solely the outcome of a popular movement. A curious symptom of the present time is to observe popes, kings, and emperors consent to be interviewed as a means of submitting their views on a given subject to the judgment of crowds. Formerly it might have been correct to say that politics were not a matter of sentiment. Can the same be said to-day, when politics are more and more swayed by the impulse of changeable crowds, who are uninfluenced by reason and can only be guided by sentiment?

> French: L'opinion des foules tend donc à devenir de plus en plus le régulateur suprême de la politique. Elle arrive aujourd'hui à imposer des alliances, comme nous l'avons vu récemment pour l'alliance russe, exclusivement sortie d'un mouvement populaire. C'est un symptôme bien curieux de voir de nos jours papes, rois et empereurs, se soumettre au mécanisme de l'interview, pour exposer leur pensée, sur un sujet donné, au jugement des foules. On a pu dire jadis que la politique n'était pas chose de sentiment. Pourrait-on le dire encore aujourd'hui où elle a de plus en plus pour guide les impulsions de foules mobiles qui ne connaissent pas la raison, et que le sentiment seul peut guider?

[¶31] As to the press, which formerly directed opinion, it has had, like governments, to humble itself before the power of crowds. It wields, no doubt, a considerable influence, but only because it is exclusively the reflection of the opinions of crowds and of their incessant variations. Become a mere agency for the supply of information, the press has renounced all endeavour to enforce an idea or a doctrine. It follows all the changes of public thought, obliged to do so by the necessities of competition under pain of losing its readers. The old staid and influential organs of the past, such as the Constitutionnel, the Debats, or the Siecle, which were accepted as oracles by the preceding generation, have disappeared or have become typical modern papers, in which a maximum of news is sandwiched in between light articles, society gossip, and financial puffs. There can be no question to-day of a paper rich enough to allow its contributors to air their personal opinions, and such opinions would be of slight weight with readers who only ask to be kept informed or to be amused, and who suspect every affirmation of being prompted by motives of speculation. Even the critics have ceased to be able to assure the success of a book or a play. They are capable of doing harm, but not of doing a service. The papers are so conscious of the uselessness of everything in the shape of criticism or personal opinion, that they have reached the point of suppressing literary criticism, confining themselves to citing the title of a book, and appending a "puff" of two or three lines. In twenty years' time the same fate will probably have overtaken theatrical criticism.

> French: Quant à la presse, autrefois directrice de l'opinion, elle a dû, comme les gouvernements, s'effacer devant le pouvoir des foules. Elle possède certes une puissance considérable, mais seulement parce qu'elle est exclusivement le reflet des opinions des foules et de leurs incessantes variations. Devenue simple agence d'information, elle a renoncé à chercher à imposer aucune idée, aucune doctrine. Elle suit tous les changements de la pensée publique, et les nécessités de la concurrence l'obligent à bien les suivre sous peine de perdre ses lecteurs. Les vieux organes solennels et influents d'autrefois, comme le Constitutionnel, les Débats, le Siècle, dont la précédente génération écoutait pieusement les oracles, ont disparu ou sont devenus feuilles d'informations encadrées de chroniques amusantes, de cancans mondains et de réclames financières. Où serait aujourd'hui le journal assez riche pour permettre à ses rédacteurs des opinions personnelles, et de quel poids seraient ces opinions auprès de lecteurs qui ne demandent qu'à être renseignés ou amusés, et qui, derrière chaque recommandation, redoutent toujours le spéculateur. La critique n'a même plus le pouvoir de lancer un livre ou une pièce de théâtre. Elle peut leur nuire, mais non les servir. Les journaux ont tellement conscience de l'inutilité de tout ce qui est critique ou opinion personnelle, qu'ils ont progressivement supprimé les critiques littéraires, se bornant à donner le titre du livre avec deux ou trois lignes de réclame, et, dans vingt ans, il en sera probablement de même pour la critique théâtrale.

[¶32] The close watching of the course of opinion has become to-day the principal preoccupation of the press and of governments. The effect produced by an event, a legislative proposal, a speech, is without intermission what they require to know, and the task is not easy, for nothing is more mobile and changeable than the thought of crowds, and nothing more frequent than to see them execrate to-day what they applauded yesterday.

> French: Épier l'opinion est devenu aujourd'hui la préoccupation essentielle de la presse et des gouvernements. Quel est l'effet produit par un événement, un projet législatif, un discours, voilà ce qu'il leur faut savoir sans cesse; et la chose n'est pas facile, car rien n'est plus mobile et plus changeant que la pensée des foules, et rien n'est plus fréquent que de les voir accueillir avec des anathèmes ce qu'elles avaient acclamé la veille.

[¶33] This total absence of any sort of direction of opinion, and at the same time the destruction of general beliefs, have had for final result an extreme divergency of convictions of every order, and a growing indifference on the part of crowds to everything that does not plainly touch their immediate interests. Questions of doctrine, such as socialism, only recruit champions boasting genuine convictions among the quite illiterate classes, among the workers in mines and factories, for instance. Members of the lower middle class, and working men possessing some degree of instruction, have either become utterly sceptical or extremely unstable in their opinions.

> French: Cette absence totale de direction de l'opinion, et en même temps la dissolution des croyances générales, ont eu pour résultat final un émiettement complet de toutes les convictions, et l'indifférence croissante des foules pour ce qui ne touche pas nettement leurs intérêts immédiats. Les questions de doctrines, telles que le socialisme, ne recrutent de défenseurs réellement convaincus que dans les couches tout à fait illettrées: ouvriers des mines et des usines, par exemple. Le petit bourgeois, l'ouvrier ayant quelque teinte d'instruction sont devenus d'un scepticisme ou tout au moins d'une mobilité complète.

[¶34] The evolution which has been effected in this direction in the last twenty-five years is striking. During the preceding period, comparatively near us though it is, opinions still had a certain general trend; they had their origin in the acceptance of some fundamental belief. By the mere fact that an individual was a monarchist he possessed inevitably certain clearly defined ideas in history as well as in science, while by the mere fact that he was a republican, his ideas were quite contrary. A monarchist was well aware that men are not descended from monkeys, and a republican was not less well aware that such is in truth their descent. It was the duty of the monarchist to speak with horror, and of the republican to speak with veneration, of the great Revolution. There were certain names, such as those of Robespierre and Marat, that had to be uttered with an air of religious devotion, and other names, such as those of Caesar, Augustus, or Napoleon, that ought never to be mentioned unaccompanied by a torrent of invective. Even in the French Sorbonne this ingenuous fashion of conceiving history was general. "The taking of the Bastille was a culminating event in the history not only of France, but of all Europe; and inaugurated a new epoch in the history of the world!" With respect to Robespierre, we learn with stupefaction that "his dictatorship was based more especially on opinion, persuasion, and moral authority; it was a sort of pontificate in the hands of a virtuous man!" (pp. 91 and 220.)

> French: L'évolution qui s'est ainsi opérée depuis vingt-cinq ans est frappante. À l'époque précédente, peu éloignée pourtant, les opinions possédaient encore une orientation générale; elles dérivaient de l'adoption de quelque croyance fondamentale. Par le fait seul qu'on était monarchiste, on avait fatalement, aussi bien en histoire que dans les sciences, certaines idées très arrêtées; et, par le fait seul qu'on était républicain, on avait des idées tout à fait contraires. Un monarchiste savait pertinemment que l'homme ne descend pas du singe, et un républicain savait non moins pertinemment qu'il en descend. Le monarchiste devait parler de la Révolution avec horreur, et le républicain avec vénération. Il y avait des noms, tels que ceux de Robespierre et de Marat, qu'il fallait prononcer avec des mines de dévot, et d'autres noms, tels que ceux de César, d'Auguste et de Napoléon qu'on ne devait pas articuler sans les couvrir d'invectives. Jusque dans notre Sorbonne, cette naïve façon de concevoir l'histoire était générale.

[¶35] At the present day, as the result of discussion and analysis, all opinions are losing their prestige; their distinctive features are rapidly worn away, and few survive capable of arousing our enthusiasm. The man of modern times is more and more a prey to indifference.

> French: Aujourd'hui, devant la discussion et l'analyse, toutes les opinions perdent leur prestige; leurs angles s'usent vite, et il en survit bien peu qui nous puissent passionner. L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence.

[¶36] The general wearing away of opinions should not be too greatly deplored. That it is a symptom of decadence in the life of a people cannot be contested. It is certain that men of immense, of almost supernatural insight, that apostles, leaders of crowds--men, in a word, of genuine and strong convictions--exert a far greater force than men who deny, who criticise, or who are indifferent, but it must not be forgotten that, given the power possessed at present by crowds, were a single opinion to acquire sufficient prestige to enforce its general acceptance, it would soon be endowed with so tyrannical a strength that everything would have to bend before it, and the era of free discussion would be closed for a long time. Crowds are occasionally easy-going masters, as were Heliogabalus and Tiberius, but they are also violently capricious. A civilisation, when the moment has come for crowds to acquire a high hand over it, is at the mercy of too many chances to endure for long. Could anything postpone for a while the hour of its ruin, it would be precisely the extreme instability of the opinions of crowds and their growing indifference with respect to all general beliefs.

> French: Ne déplorons pas trop cet effritement général des opinions. Que ce soit un symptôme de décadence dans la vie d'un peuple, on ne saurait le contester. Il est certain que les voyants, les apôtres, les meneurs, les convaincus en un mot, ont une bien autre force que les négateurs, les critiques et les indifférents; mais n'oublions pas non plus qu'avec la puissance actuelle des foules, si une seule opinion pouvait acquérir assez de prestige pour s'imposer, elle serait bientôt revêtue d'un pouvoir tellement tyrannique que tout devrait aussitôt plier devant elle, et que l'âge de la libre discussion serait clos pour longtemps. Les foules représentent des maîtres pacifiques parfois, comme l'étaient à leurs heures Héliogabale et Tibère; mais elles ont aussi de furieux caprices. Quand une civilisation est prête à tomber entre leurs mains, elle est à la merci de trop de hasards pour durer bien longtemps. Si quelque chose pouvait retarder un peu l'heure de l'effondrement, ce serait précisément l'extrême mobilité des opinions et l'indifférence croissante des foules pour toute croyance générale.
